L'eau en bouteille contient-elle des PFAS ?

Publié le 2 novembre 2026 · Par

L'eau en bouteille contient-elle des PFAS : un pack d'eau sans étiquette, une bouteille ouverte et un verre d'eau sur le plan de travail

Oui, une partie des eaux en bouteille contient des PFAS, le plus souvent sous les limites de la loi. L'eau de votre pack a beau être puisée sous terre, elle n'est pas garantie sans ces substances chimiques fabriquées par l'homme. On y retrouve surtout le TFA, un tout petit PFAS qui n'a même pas sa propre limite légale !

L'essentiel

  • Une partie des eaux en bouteille analysées contient des PFAS, surtout le TFA, un tout petit PFAS.
  • Fin 2025, plus de 98 % des prélèvements faits à la mise en bouteille respectaient les limites de la loi : ce chiffre réunit les PFAS et les pesticides.
  • Pour vingt PFAS réunis, la limite est de 100 nanogrammes (milliardièmes de gramme) par litre dans une eau de source et de 30 dans une eau minérale naturelle. Le TFA n'en fait pas partie.
  • Une bouteille ne garantit donc pas une eau sans PFAS : son étiquette ne donne pas ces analyses.

L'eau en bouteille peut contenir des PFAS, même puisée très profondément

L'étiquette d'une eau en bouteille ne dit pas si cette eau contient des PFAS. Un PFAS est une molécule fabriquée par l'homme à partir de carbone et de fluor, si solide qu'elle ne se dégrade presque jamais dans la nature, d'où son surnom de polluant éternel. Or l'eau minérale naturelle et l'eau de source viennent d'une nappe souterraine, une réserve d'eau cachée dans les roches. La loi exige même que l'eau minérale naturelle reste « à l'abri de tout risque de pollution ». Et pourtant, on retrouve des PFAS jusque dans certaines de ces réserves !

Deux chemins possibles des PFAS jusqu'à la bouteille.

Les PFAS peuvent arriver par la nappe souterraine ou par l'usine d'embouteillage

  • Par les champs : des pesticides et des engrais qui contiennent des PFAS peuvent polluer une nappe. En mai 2025, une commission d'enquête du Sénat jugeait ce risque limité pour les eaux en bouteille. Pourtant, des PFAS ont ensuite été mesurés dès la sortie de certains puits. Un tout petit PFAS appelé TFA se dissout si bien dans l'eau qu'il peut même atteindre les réserves les plus profondes.
  • Par l'usine : la majorité des joints utilisés pour traiter l'eau contiennent des PFAS. La commission d'enquête du Sénat en a déduit un risque de pollution dans les usines, même si l'on connaît mal le passage des PFAS de ces joints vers l'eau.

Boire de l'eau n'est pas notre seule façon de recevoir des PFAS

  • Ce que l'on mange et ce que l'on boit : c'est notre principale source de PFAS, dont le verre d'eau n'est qu'une partie.
  • Les emballages et les ustensiles : en plus petite quantité, certains emballages alimentaires et certains ustensiles de cuisson apportent aussi des PFAS à ce que vous mangez. Alors, le soir où vous faites croustiller des tranches de polenta et des lamelles de courge, vous pouvez prendre une poêle en titane : le titane pur ne contient pas le fluor indispensable à tout PFAS. Le titane est considéré comme le métal le plus biocompatible du monde, c'est-à-dire le mieux toléré par le corps humain. À l'hôpital, les chirurgiens en posent à l'intérieur même du corps. Un soir d'hiver, quand toute la maisonnée a faim et que les petits-enfants tournent déjà autour de la table, c'est donc une poêle 100 % saine que vous posez sur le feu !
  • Côté cuisine : le Téflon, ce revêtement antiadhésif, est lui-même un PFAS. Pour une poêle sans Téflon, vous avez le choix entre l'inox, la fonte, l'acier, le cuivre doublé d'inox, le titane pur et la céramique.

Que montrent les analyses de l'eau en bouteille ?

Qui a regardé ce que contiennent ces bouteilles ? Des agences de l'État, des associations et des chercheurs, qui n'ont pas tous cherché les mêmes PFAS. Il existe en effet au moins 10 000 PFAS, alors que la loi limite seulement le total de vingt d'entre eux. Les chiffres de ces équipes ne se comparent donc pas directement. Tout se mesure ici en nanogrammes par litre (ng/L). Un nanogramme, c'est un milliardième de gramme.

La campagne officielle de fin 2025 a contrôlé 101 sites d'eaux en bouteille

  • Ce qui a été mesuré : en mai 2025, le ministère de la Santé a demandé aux agences régionales de santé de rechercher les pesticides et les PFAS dans toutes les eaux en bouteille produites en France, pour la fin de l'année. Elles ont réalisé 929 prélèvements, aux sources et aux points de mise en bouteille.
  • Les résultats : à la source, 94,5 % des prélèvements répondaient aux objectifs de « pureté originelle », c'est-à-dire d'une eau restée à l'abri de la pollution. Au point de mise en bouteille, plus de 98 % respectaient les limites de la loi.
  • Ce que ce bilan ne dit pas : ces chiffres réunissent les PFAS et les pesticides, sans donner la part des seuls PFAS. Ce bilan ne précise pas non plus si le TFA a été recherché.

En région, certaines eaux respectent les limites et d'autres sources sont arrêtées

  • En Occitanie : en 2025, l'agence régionale de santé a analysé 28 eaux minérales et 5 eaux de source prêtes à la vente. Elle écrit que « tous les résultats sont conformes aux normes », c'est-à-dire sous les limites de la loi. Elle ne précise pas quels PFAS ont été recherchés.
  • En Nouvelle-Aquitaine : l'agence régionale de santé a recherché les vingt PFAS de la loi. Sur les 21 résultats publiés pour 2025, 19 sont trop faibles pour que le laboratoire les détecte. Les deux autres concernent une même source, à 20 ng/L, sous la limite de 100 ng/L de ce type d'eau.
  • En Auvergne-Rhône-Alpes : sur 35 sources contrôlées en 2025, la préfecture de région signale des PFAS sur trois sites de la Loire et de l'Ardèche. Les entreprises qui les exploitent y ont arrêté certaines sources. Les PFAS recherchés ne sont pas précisés.

Une association a recherché des dizaines de PFAS dans 32 eaux vendues en France

  • Ce qui a été analysé : cette association française de consommateurs a publié en février 2026 les résultats de 25 eaux minérales naturelles et de 7 eaux de source. Elle a cherché plusieurs dizaines de PFAS, dont les vingt de la loi et le TFA.
  • Les vingt PFAS de la loi : une eau minérale gazeuse en contenait 21,7 ng/L, sous la limite de 30 ng/L de ce type d'eau.
  • Un résultat ne vaut que pour une date : on ne peut pas garantir que ces résultats sont définitifs.
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    Ce qu'ont mesuré les équipes de chercheurs

    Une étude de l'université de Bordeaux et du Centre national de la recherche scientifique, publiée en 2017, a analysé 40 eaux en bouteille : 6 PFAS sur les 10 recherchés ont été mesurés, en quantités infimes. En 2016, une équipe espagnole a publié un résultat de 116 ng/L dans une eau française, pour le total de 16 PFAS : une autre liste que celle de la loi, avant la limite de 2023.

Le PFAS le plus souvent retrouvé en bouteille est une toute petite molécule, le TFA

Les vingt PFAS de la loi restent sous leur limite dans la plupart des bouteilles analysées. Le TFA (acide trifluoroacétique) est une autre histoire. Cette toute petite molécule se forme notamment quand certains pesticides et certains gaz utilisés pour produire du froid se dégradent. Or elle ne fait pas partie de ces vingt PFAS : une eau peut donc respecter la limite légale et en contenir !

Du TFA se retrouve dans 21 des 32 eaux en bouteille d'une enquête française de 2026

  • En France : dans l'enquête publiée en février 2026, 21 eaux sur 32 contenaient du TFA. Les 11 autres n'en contenaient aucune trace détectable. Dix-sept de ces 21 eaux en contenaient plus de 100 ng/L, avec un maximum de 650 ng/L dans une eau minérale naturelle.
  • En Europe : en 2024, des analyses ont porté sur 19 eaux de 7 pays. Le laboratoire ne pouvait pas mesurer le TFA sous 50 ng/L. Il en a trouvé plus que cela dans 10 de ces eaux, avec un maximum de 3 200 ng/L.

Le TFA n'a pas sa propre limite légale dans l'eau en bouteille

  • Aucune limite propre au TFA : la limite légale porte sur une liste de vingt PFAS où il ne figure pas. À partir de janvier 2027, un décret de décembre 2025 l'ajoute aux PFAS à rechercher dans l'eau que nous buvons. Ce texte impose une recherche sans fixer de limite et ne nomme pas les eaux en bouteille.
  • Ce qui a changé en 2026 : un comité de l'Agence européenne des produits chimiques a approuvé le classement du TFA comme toxique pour la reproduction. Ce classement n'est pas encore obligatoire. Chez l'animal, ces effets n'ont été observés qu'à des quantités bien plus fortes que dans l'environnement.
  • Un calcul pour situer ces chiffres : en juillet 2026, l'Autorité européenne de sécurité des aliments a abaissé la dose jugée sans risque à 0,014 milligramme par kilo de poids et par jour. Pour un adulte de 70 kilos, cela fait 980 000 nanogrammes par jour. Deux litres par jour de l'eau la plus chargée de l'enquête française en apportent 1 300 nanogrammes, soit environ 0,13 % de cette dose. Ce calcul ne compte ni les aliments ni les autres PFAS. Cette part peut être plus forte chez un enfant. La connaissance des risques du TFA reste incomplète : le ministère de la Santé la juge encore « parcellaire ».

Quelle limite de PFAS la loi impose-t-elle à l'eau en bouteille ?

Au supermarché, toutes les bouteilles se ressemblent. La loi, elle, distingue l'eau minérale naturelle, l'eau de source et l'eau rendue potable par traitement. Les deux premières sont puisées sous terre. Seule l'eau minérale naturelle garde une composition en minéraux stable. L'étiquette de la bouteille indique de quelle eau il s'agit. La surprise ? C'est l'eau minérale naturelle qui a la limite la plus stricte, plus de trois fois plus basse que celle de votre robinet !

L'eau de source doit respecter la même limite que l'eau du robinet

  • La règle : dans une eau de source ou une eau rendue potable par traitement, la somme de vingt PFAS ne doit pas dépasser 100 ng/L. Cette règle vient d'un texte officiel, l'arrêté du 14 mars 2007 modifié en janvier 2023.
  • Le contrôle : depuis le 1er janvier 2026, un arrêté de décembre 2022 impose d'y rechercher ces PFAS.
  • Une liste à ne pas confondre : cette limite ne dit pas quels PFAS sont interdits, puisqu'un PFAS peut être limité dans l'eau tout en restant autorisé dans les usines.

L'eau minérale naturelle ne doit pas dépasser 30 nanogrammes de PFAS par litre

  • Une règle à part : le texte européen sur l'eau potable ne s'applique pas aux eaux minérales naturelles. Le Code de la santé publique exige d'elles une « pureté originelle », à l'abri de la pollution. Leurs PFAS sont recherchés depuis une demande du ministère de la Santé de mai 2025.
  • D'où vient ce chiffre : l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 2007 considère une eau minérale naturelle comme contaminée quand un polluant à base de carbone dépasse 30 % de la limite fixée pour l'eau de source. Pour les PFAS, 30 % de 100 ng/L donnent 30 ng/L, le chiffre appliqué en Auvergne-Rhône-Alpes.
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    Le texte exact de l'arrêté et ce qu'il ne dit pas

    L'article 2 définit la contamination par un polluant organique, c'est-à-dire à base de carbone, « à une concentration supérieure à 30 % des limites et références de qualité fixées au tableau B-2 de l'annexe I ». Cet article ne nomme pas les PFAS. Depuis janvier 2023, ce tableau fixe 0,10 microgramme par litre pour la somme de vingt PFAS, soit 100 ng/L. Le chiffre de 30 ng/L se calcule à partir de ces deux lignes. L'instruction du ministère de la Santé du 22 mai 2025 renvoie à cet arrêté pour les PFAS.

  • Pour se le représenter : 30 ng/L, c'est comme un gramme de sel dissous dans treize piscines olympiques. Ce chiffre indique à partir de quand cette eau est jugée contaminée, pas quand elle devient dangereuse.
  • Deux cas concrets : en janvier 2026, deux des huit puits d'une source d'Ardèche ont été fermés pour avoir dépassé cette limite. Dans la Loire, une source arrêtée contenait 46,8 ng/L, soit moins que la limite de l'eau du robinet.

Une bouteille au-dessus de la limite est retirée de la vente

  • Le retrait : « Les eaux en bouteille qui ne respectent pas les limites de qualité sont retirées du marché », écrit le ministère de la Santé.
  • Aucun traitement permis contre les PFAS : l'arrêté du 14 mars 2007 n'autorise que quelques traitements pour une eau minérale naturelle ou une eau de source. Les filtres qui servent à enlever les PFAS dans l'eau n'en font pas partie. Une commission d'enquête du Sénat les juge incompatibles avec la définition de l'eau minérale naturelle. L'entreprise qui exploite un puits trop chargé ne peut donc plus y puiser cette eau.

Faut-il s'inquiéter des PFAS de l'eau en bouteille ?

Faut-il renoncer à vos packs d'eau ? Actuellement, aucune autorité sanitaire ne vous le demande : la plupart des eaux contrôlées respectent les limites de la loi, qui ne visent pas le TFA par son nom. En revanche, une eau peut respecter ces limites et contenir des PFAS. Il n'y a pas de danger immédiat : la question se pose plutôt pour une eau que l'on boit tous les jours.

Le risque vient surtout d'une eau que l'on boit souvent pendant des années

  • Sur un seul verre : même pour une eau du robinet au-dessus de 100 ng/L, l'agence régionale de santé du Grand Est juge qu'en boire exceptionnellement ne présente pas de risque immédiat.
  • Sur des années : cette agence associe les effets possibles sur la santé au fait d'en boire longtemps et souvent. Le ministère de la Santé retient trois effets pour certains PFAS : moins de défenses (les anticorps) après certains vaccins, plus de cholestérol et un poids de naissance un peu plus faible.

L'étiquette d'une bouteille ne dit pas si cette eau contient des PFAS

  • Ce qu'indique une étiquette : elle donne la composition de l'eau en minéraux. L'arrêté du 14 mars 2007 n'y demande aucune mention sur les PFAS.
  • Un même nom, plusieurs sources : une eau de source vendue sous un même nom peut venir de plusieurs sources, indiquées sur l'étiquette. Deux bouteilles de même nom ont ainsi donné deux résultats dans l'enquête de février 2026 : aucune trace de TFA pour l'une, 220 ng/L pour l'autre.
  • Ce qu'une bouteille ne garantit pas : pour choisir quelle eau boire pour éviter les PFAS, regardez d'abord les analyses de l'eau de votre commune, puisqu'une bouteille n'est pas une garantie. Pourtant, les autorités demandent d'utiliser de l'eau en bouteille quand le préfet, qui représente l'État dans le département, interdit de boire l'eau du robinet. Connaître les zones touchées par les PFAS en France ne renseigne pas non plus sur une bouteille, puisqu'une même eau peut être vendue un peu partout.

Vos questions sur l'eau en bouteille et les PFAS

Quelle eau en bouteille contient le moins de PFAS ?

Aucune eau en bouteille ne peut être désignée comme la moins chargée en PFAS : actuellement, aucun classement officiel ne compare toutes les eaux. Les analyses publiées eau par eau ne portent que sur une partie des bouteilles et ne cherchent pas toutes les mêmes PFAS.

Existe-t-il une liste officielle des eaux en bouteille contaminées ?

Non, il n'existe actuellement aucune liste nationale officielle. Le ministère de la Santé a demandé des analyses de toutes ces eaux. Pourtant, il n'en publie que des taux nationaux. Une loi de février 2025 oblige les agences régionales de santé à publier un bilan annuel, y compris pour l'eau en bouteille : celle de Nouvelle-Aquitaine donne ses résultats de 2025 source par source.

L'eau en bouteille contient-elle moins de PFAS que l'eau du robinet ?

Le TFA est le PFAS le plus souvent retrouvé en bouteille. En 2024, les analyses européennes donnaient en moyenne moins de TFA dans l'eau minérale que dans l'eau du robinet, sans que cela fasse une règle. Dans l'enquête française de février 2026, 21 eaux en bouteille en contenaient. La moitié de ces 21 eaux en contenait moins de 190 ng/L. Dans la campagne publiée en décembre 2025 par l'agence française de sécurité sanitaire, la moitié des échantillons d'eau du robinet où il a été mesuré en contenait moins de 780 ng/L. Or près des deux tiers de ses points de mesure avaient été choisis parce qu'un risque y était soupçonné : ces chiffres donnent donc un ordre d'idée.

Le mot de la fin

L'eau en bouteille n'est donc ni un danger immédiat ni un rempart absolu contre les PFAS. La plupart des eaux analysées respectent les limites de la loi. Pourtant, aucune étiquette ne vous dira si votre verre contient des PFAS. Vous saurez désormais lire ces chiffres sans peur et sans illusion, devant les packs du supermarché comme à la table du dîner. Et quand vos proches s'interrogeront sur leur verre en attaquant un plat cuit sur du titane 100 % sain, vous aurez de quoi leur répondre !

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Portrait de Yacine Amazir, spécialiste en poêle de cuisine et rédacteur en chef des blogs de L'Atelier de la Poêle.

Passionné par la physique et la chimie des matériaux, je me définis aujourd’hui comme un « transmetteur de connaissances » modestes en cuisine, toujours dans la bienveillance & de manière ludique.